
Je continue mon parcours dans la filmographie de
Dario Argento avec la fin de la
Trilogie des Mères :
Mother of tears. Dans les années 70, Argento réalise
Suspiria et
Inferno, qui devaient connaître un troisième opus. Mais Argento, fatigué de se consacrer aux sorcières, décida de revenir à ses premiers amours, le giallo, avec Tenebre.
Et le maestro aura mis du temps à clore sa trilogie : c'est en 2007 que surgit Mother of Tears !
Sarah, étudiante en arts à Rome, ouvre par mégarde une ancienne urne funéraire. Pas de chance, elle réveille dans le même temps la plus mauvaise des sorcières : Mater Lacrimarum ! Alors que tout ce que le monde comporte de sorcières rapplique à Rome, que les sbires de la Mère assassinent sauvagement les alliés de Sarah, et pourra-t-elle vaincre les forces du Mal ? Purge pour les uns, indigne de l'artiste pour d'autres, et réussi pour une petite poignée, Mother of Tears a divisé les amateurs de Dario Argento lors de sa sortie. Je comprends tout à fait les raisons : Mother of Tears est au mieux un film très maladroit.
Certains effets spéciaux sont très limites (les esprits) car trop visibles. Et paradoxalement il y a un gros travail sur les couleurs via l'informatique pour soutenir certains reflets ou nuances. Suspiria travaillait déjà sur la couleur, Mother of Tear poursuit cet héritage et l'image est souvent flatteuse.
Globalement l'aspect graphique est soutenu, Argento n'ayant jamais caché son admiration pour l'art pictural, art dont il s'inspire pour dresser des plans magnifiques. On regrettera juste qu'ils soient si peu nombreux et souvent accompagné de moments moins passionnants.
Les acteurs tout d'abord. La direction d'acteur est franchement défaillante avec des acteurs soient en roue libre (Asia Argento, risible par moment) soit sous exploités (Udo Kier en prêtre exorciste rapidement disparu).
Mais est-ce que ça en fait un mauvais film pour autant ? Non.
Dario Argento réalise ici un film très obscur, car il choisit (ou pas) de ne pas tout expliquer et laisser dans le flou pas mal d'éléments. Aussi il faudra revenir sur le film attentivement pour en cerner tous les enjeux, car Argento tisse et imprègne son métrage de codes à déchiffrer et découvrir. Mieux : il instaure des moments tout à la fois sensuels et cruels, comme sortis de tableaux dantesques (le film est par moment très violent).
Peut-être s'est-il justement perdu dans ce travail d'orfèvre, oubliant probablement qu'il avait une histoire à raconter. Et quelle histoire ? Rien moins que la chute de la plus grande sorcière de tous les temps. Hélas, le film ne rend pas hommage à sa matière, tant la Rome supposée apocalyptique nous est peu montrée (un bébé à la flotte, 2 loubards qui pêtent un parebrise, quelques fous dans les ruelles romaines, c'est pas franchement l'idée que je me fais d'une ascension occulte...). Comme si Dario passait complètement à côté d'un film flamboyant, épique. Probablement qu'il n'aura pas eu les moyens : parfois le métrage fait un peu téléfilm, et c'est bien dommage.
Me voilà donc partagé :
Mother of Tears est un film très délicat, souvent râté, parfois virtuose, qui tend le bâton pour se faire battre, mais qui recèle des idées et des plans magnifiques. Et la fin avec Sarah hilare me fait presque songer qu'Argento devait bien rire du désarroi qu'il allait susciter.