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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 11:37
J'avais râté à sa sortie le livre "Cinéma bis : 50 Ans de cinéma de quartier", alors quand j'ai vu cette suite débouler dans les rayons, vous imaginez bien, si vous suivez ce blog régulièrement, que je n'ai pas pu résister à l'achat.
 Je comptais faire un billet comme à mon habitude, et puis je me suis dis que je pourrais essayer d'interviewer son auteur, Laurent Aknin. Culottée, la Tortue !

A noter que le livre est en voie d'épuisement ! Le dernier fond de stock sort pour les fêtes en coffret couplé avec le premier volume en tirage numéroté... En voilà une bonne idée cadeau pour les cinéphiles !

545 pages
Editeur : Nouveau Monde Editions (paru le 15 mai 2009)
Collection : CINEMA
ISBN-10: 284736434X
ISBN-13: 978-2847364347


Avant de rentrer dans le vif du sujet, pourriez-vous rapidement présenter votre parcours professionnel et/ou personnel (à vous de voir) avant la publication de votre livre "Les classiques du cinéma bis" afin que mes lecteurs en sachent un peu plus sur vous ?

C’est difficile de résumer : je suis critique et historien de cinéma, et également enseignant, le tout en free – lance. J’ai une formation universitaire et j’ai écrit ma thèse sur le cinéma bis italien. J’ai aussi fait de la mise en scène, j’ai été membre du comité de sélection de la Semaine de la Critique à Cannes, et encore beaucoup  d’autres choses…

Comment est née l'idée de ce livre ? Aviez-vous déjà en tête ce projet lorsque vous avez entamé l'écriture de "Cinéma bis : 50 Ans de cinéma de quartier" ?

Non, en fait l’idée de ce livre est venue, d’une part du bon accueil réservé au premier et aussi d’une remarque que l’on m’avait fait plusieurs fois, à savoir que l’on aimerait en savoir plus sur certains films.Au départ, je pensais vraiment que « 50 ans ce cinéma de quartier » serait un bouquin unique. Le résultat est que le second est deux fois plus épais, ou presque…

J’imagine pourtant que lorsque le projet arrive sur le bureau d’un éditeur, ça ne doit pas terriblement l’emballer. Le cinéma bis, ça n’est pas spécialement porteur, si ?

Et bien, au contraire, l’idée a tout de suite emballé Nouveau Monde, qui avait déjà sorti un énorme Dictionnaire du Cinéma populaire français. En fait, c’est même l’éditeur qui a suggéré de faire un premier livre sur le cinéma bis mondial, alors que je ne pensais à l’origine ne faire un livre que sur le péplum ou le cinéma bis italien. Question de flair je suppose…

Le travail que vous avez réalisé avec Lucas Balbo semble titanesque. Je n'ose imaginer le nombre d'heures passées à visionner de vieux films. Certains sont peut-être même introuvables ? Quelle méthode avez-vous utilisé pour écrire ?
 
Tout d’abord, il a fallu dresser la liste des films retenus, liste qui a évolué au fur et à mesure que l’écriture avançait : on a éliminé des doublons, des redites. On a le plus possible tenté de revoir les films sélectionnés. Pour cela, la vidéothèque de Lucas Balbo, qui a un nombre considérable de VHS introuvables, a été précieuse ! Mais pour d’autres, il a fallu se baser sur la simple mémoire, aidée par les synopsis d’époque, ou les « Saisons cinématographiques ». Seuls deux films, et ils sont signalés, n’ont pas pu être vus, mais leur invisibilité même est la raison de leur présence dans le livre. Ensuite, c’était tout simplement un travail méthodique, fiche après fiche. J’ai relu ensuite l’ensemble pour harmoniser le tout.

 Que sont les « Saisons cinématographiques » ?

Ce sont des hors-séries annuels que publiait une revue de cinéma (« La Revue du Cinéma », tout simplement), qui recensaient tous les films distribués en France sur une année, avec fiche technique, synopsis, critique et index. L’ancêtre de « L’annuel » actuel. Ces volumes, désormais épuisés, sont une extraordinaire source documentaire (malgré des erreurs et des coquilles), et sont aujourd’hui très recherchés..

Il y a des informations invraisemblables dans votre livre.
On y apprend, par exemple, que la dernière apparition de Bourvil sur grand écran (dans un tout petit rôle) remonte à "Clodo", un film semi-pornographique.
Où avez-vous puisé vos informations ?

Croyez le ou non, mais ce film a connu, dans sa version non-porno, une sortie en VHS dans une collection fantomatique de cassettes immédiatement tombées dans les bacs des soldeurs… et je l’avais trouvée ! Je l’ai depuis léguée à Balbo. Ensuite, c’est juste un travail d’enquête et d’historien : vérification des numéros de visas, consultation du registre du CNC, croisement avec des articles de la « Saison cinématographique » etc..  C’est ainsi que l’on découvre que ce film était à l’origine un court - métrage… L’idéal serait bien sûr, pour chaque film de ce type, de retrouver les « témoins » et d’obtenir des entretiens… mais ce n’est pas toujours évident…

J'aime beaucoup le fait que vous ayez choisi un classement chronologique. On perçoit ainsi bien mieux l'évolution des modes dans le cinéma bis, et plus précisément italien. Péplum, western, érotique, post-apo. Vous l'aviez voulu ainsi à l'origine du projet? ou bien cela s’est imposé peu à peu ?

C’était à l’origine du projet, dès le début, c’était même le principal « concept » du livre. L’idée était de sortir du traditionnel « classement par genre » qui? dans le domaine du cinéma bis? n’a guère de sens puisque par nature il s’agit d’une forme de cinéma « impur » ; on peut mieux voir ainsi, tout simplement, ce qui était à l’affiche des salles de quartier à une époque donnée. Bien entendu, tous les membres fanatiques des diverses « chapelles » cinéphiliques (les fantasticophiles, les accros du western italien, les fans de cinéma asiatique) renâclent un peu devant cette méthode (ciel !  un « Hammer » au même rang qu’un porno-soft !), mais c’est pour moi la plus pertinente…

J’ai beaucoup apprécié qu’on ressente aussi un profond respect dans vos écrits, ce qui n’empêche pas un pointe d’ironie par moment. Il aurait été facile d'enfoncer les réalisateurs et acteurs, mais cela n'arrive jamais.

Tout simplement parce que je parle d’un cinéma que j’aime profondément et sincèrement…

Il y a 500 films dans votre livre et  j'imagine qu'il vous a fallu faire des choix. Est-ce qu'il y a des titres qui vous tenaient à coeur et que vous avez dû mettre de côté ? Lesquels ?

Ca, c’est la question la plus cruelle. J’aurais bien mis tous les films de Jess Franco, tous les films avec Klaus Kinski ou Gordon Mitchell, tous les péplums italiens… on s’est un peu débrouillé en citant de nombreux autres films à l’intérieur des notices consacrées aux 500 films choisis.

A votre avis, quels sont les pires navets du lot, ceux dont on pourrait dire qu’ils sont une vraie « épreuve cinématographique » pour le spectateur ?

Si je comprends bien votre question, il ne s’agit donc pas des navets jubilatoires, enthousiasmants, mais de ceux qui mettent le spectateur à l’épreuve, les « navets agressifs » en quelque sorte…

Tout à fait !

Il y en a au moins deux : Rivelazioni di uno psichiatra sul mondo perverso del sesso, de Renato Polselli, que je n’ai jamais pu voir en entier d’un seul coup. Et Poussez pas grand-père dans les cactus, de Jean-Claude Dague. Je me rappelle que la première fois que je l’ai vu (j’étais encore un gosse), les spectateurs sont allés engueuler la caissière et le responsable du cinéma à la fin de la séance….

Dans la préface, vous indiquez qu'il vous a été difficile de trouver des titres bis récents. Pensez-vous que le cinéma bis existe encore de nos jours ?

Peut-être dans une certaine « esthétique » maniériste, dérivée du cinéma bis authentique des années 70 et 80 (voir les films de Tarantino, la nouvelle école fantastique espagnole ou française, etc.) ; mais en aucune manière sur le plan économique, tant les réseaux de production, de distribution et d’exploitation ont changé en moins de 20 ans…

Quel regard portez-vous sur le cinéma fantastique international actuel ?

D’une manière générale, de genre « transgressif » le fantastique est devenu un genre « mainstream » et consensuel, voire réactionnaire… Twilight me désespère, tandis que John Carpenter ne tourne plus,, si vous voyez ce que je veux dire. C’est vraiment à la marge du genre, surtout du côté du gore, que l’on trouve encore de véritables pépites. Parfois aussi quand des scénarios se révèlent plus ambitieux, souvent quand ils proviennent de grands écrivains du genre : The Mist, Midnight Meat Train, les films japonais (qui sont en passe d’être aseptisés à leur tour), ce genre de chose… Mais bon sang, que tout cela est devenu sage, pantouflard… Qu’on aime ou pas, un film comme Martyrs, par exemple, c’est sacrément risqué, gonflé, ça secoue…mais c’est rare, et en plus ça prend un bide…
 
Je rebondis sur votre remarque sur Twilight. Effectivement, c’est médiocre mais en même temps ce type de film permet de créer une porte d’entrée vers le genre. Si j’avais démarré avec Martyrs, il est probable que je m’en serais détourné rapidemen,t vu la violence du film. Très clairement, Twilight n’est pas fait pour les amateurs du genre.

Une porte d’entrée, oui ! mais vers quoi ? En dehors des questions de violence, de gore etc…, Twilight est un film profondément réactionnaire, dans tous les sens du terme : moralement et politiquement. Que l’on compare ce film de vampires « pour ados » ou sur des ados,  avec une œuvre remarquable comme Morse et l’on verra l’abîme idéologique qui les sépare…

Si je peux me permettre une critique, pourquoi ce choix d'un vert (que je trouve affreux) dans la maquette ? Alors qu'un joli rouge sang aurait été finalement plus approprié, non ? :o)

 Ah, on en a beaucoup discuté, de ce vert ! Bon, le premier était rose, et on voulait rester un peu dans le « flash » et passer sur une teinte froide, donc pas de rouge (d’ailleurs j’aurais des doutes sur la lisibilité)… Et puis ça a un côté un peu agressif et surtout inhabituel. On avait essayé en bleu, mais c’était moins convaincant ! Pour un autre éditeur, je suis en train de corriger les épreuves d’un livre, sur lequel je n’ai pas vraiment de droit de regard sur la maquette, et je me retrouve avec ce classique jaune – orangé que l’on voit partout… c’est beau, c’est lisible, c’est classe, mais je m’en lasse un peu...

Un nouveau volume est-il prévu à l'avenir ? Et quels sont vos projets ?

Je termine donc un petit ouvrage sur le péplum, qui doit paraître cet automne. Sinon, dans la série « Cinéma Bis », il n’y a pas encore de nouveau volume en prévision – je ne veux surtout pas faire « Les 500 autres classiques » ! J’ai deux projets sur le feu, mais pour l’instant je les laisse un peu mûrir, d’autant que j’ai besoin de digérer plus d’un an d’écriture… en tout cas ce sera une autre approche sur le cinéma bis.

Merci Laurent Aknin d'avoir pris un peu de temps pour répondre à mes questions  et Frédéric Durand pour l'aide apportée.


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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 11:59
On considère souvent à tort Stephen King comme le "Maître de l'Horreur" de la littérature contemporaine, car ses romans font rarement frissonner. On devrait plutôt dire "Maître du Fantastique" tout simplement, tant l'auteur s'amuse à introduire des éléments surnaturels dans la vie tranquille de ses personnages.

Au fur et à mesure de son travail, on devinait qu'il existait un autre Stephen King, un auteur intéressé par les Etats-Unis de son enfance, par un doux parfum de nostalgie. Prenez "Ça", un de ses classiques : le roman regorge de flashbacks consacrés aux escapades fantastiques d'un groupe de gamins. Et l'exemple le plus flagrant est la nouvelle "Le Corps" (du recueil "Différentes Saisons") qui est un vibrant hommage à l'Amérique des années 50-60 et à une époque et une jeunesse désormais révolues.

"Coeurs perdus en Atlantide" s'inscrit parfaitement dans la veine nostalgique de l'auteur. L'ouvrage se présente concrètement sous la forme de cinq nouvelles de tailles très variées et à première vue indépendantes.

"1960 - Crapules de bas étages en manteau jaune" nous permet de suivre les aventures du jeune Bobbie Garfield. Ce petit garçon vit avec une mère autoritaire (suite au décès de son père) et  sa vie va changer du tout au tout lorsqu'il va se lier d'amitié avec un vieil homme bien mystérieux.
Dans
"1966 - Chasse-coeurs en Atlantide", nous suivons le quotidien de Peter dans un internat d'étudiants, plus préoccupés à jouer aux cartes qu'à réussir leurs études. Sachant que ceux qui ne décrocheront pas leur bourse d'étude finiront probablement au Viêt-Nam.
Willie Shearman est un homme perturbé puisqu'il endosse quotidiennement trois personnalités disctinctes, dont celle d'un mendiant. Vous découvrirez une journée type dans
"1983 - Willie l'aveugle".
Sullivan est un vétéran du Viêt-Nam qui revient d'une réunion d'anciens combattants, lorsque d'un coup d'un seul une multitude d'objets tombent du ciel. Quel est le passé de Sully ? A suivre dans
"1999 - Pourquoi nous étions au Viêt-Nam".
Enfin,
"1999 - Ainsi tombent les ombres célestes de la nuit" conclue le livre et boucle les intrigues laissées en suspens.

Le livre de King n'échappe pas à une règle simple : dans un recueil de nouvelles, il y a forcément du bon et du moins bon. Vendu comme un roman (d'après la couverture), le livre est constitué de ces nouvelles habilement rafistolées pour former un tout cohérent. Car à travers les différentes histoires, nous retraçons le parcours de deux jeunes enfants présentés dans la toute première nouvelle. Mais l'on sent tout de même le rafistolage, et l'on se dit par moment que les liens sont bien artificiels. Pirec, la première nouvelle en question ne peut être totalement comprise uniquement si l'on a lu le Cycle de la Tour Sombre, une saga titanesque de Stephen King. Si ce n'est pas votre cas, rien d'incompréhensible mais vous passerez à côté de quelques allusions.

Si l'on passe outre ces soucis, l'ouvrage se lit avec grand plaisir, car comme d'habitude avec cet auteur, on s'attache très rapidement aux personnages et à leur destin. Si bien qu'à travers une nouvelle, on guette des informations sur les deux personnages principaux.

"Coeurs perdus en Atlantide" essaie de transmettre au lecteur un morceau d'une époque, celle des années 60, et il en ressort une sensation de nostalgie peut-être encore plus importante que dans les autres romans de King. Un roman rafraîchissant et à part dans la biographie ténèbreuse du King.

Version grand format :
600 pages
Editeur : Albin Michel (1 mars 2001)
Collection : Domaine Etranger
ISBN-13: 978-2226122094

Version poche :
667 pages
Editeur : Le Livre de Poche (5 mars 2003)
ISBN-13: 978-2253151401


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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 10:36
Par Max Brooks

Le Guide de survie en territoire zombie vous explique très concrètement comment survivre à une invasion de zombies. Qu’est-ce qu’un zombie ? Comment les tuer définitivement ? Quels sont les meilleurs endroits où se réfugier ? Les meilleures armes et armures ? Comment se barricader efficacement ? Comment se déplacer dans une zone infestée ? Ce guide vous décrit dans le détail les trucs et astuces pour augmenter ses chances de survie.

Voilà une façon bien originale d’aborder le thème devenu aujourd’hui très banal de l’invasion des morts-vivants. Plutôt qu’un énième roman, Marx Brooks (le fils de Mel) aborde le sujet sous un angle très pratique. On peut voir ce livre comme une parodie de guide, et il atteint parfaitement son objectif via quelques petites pointes ironiques très bien vues. On sourit régulièrement durant la lecture… mais on ne ri jamais à gorge déployée.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ce guide nous explique dans le détail la fin de notre civilisation. Indirectement, c’est aussi une terrible charge contre les gouvernements, l’autorité, et la nature humaine en général. A noter que les états-uniens en prennent pour leur grade, à travers quelques remarques bien senties.

Mais l’exercice a du mal à tenir la distance sur 300 pages. Le livre aurait gagné à être un brin plus court, parce qu’au fur et à mesure, le plaisir diminue progressivement et on a hâte que cela se termine. C’est bien connu, les plus courtes sont les meilleures.

Reste que ce Guide de survie en territoire zombie constitue un bon moment de lecture, à condition d’adhérer à l’esprit humour noir de l’ensemble.


318 pages
aux éditions Calmann-Lévy
collection Interstices
ISBN-13: 978-2702139721
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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 09:22
de Stephen King

Edgar Freemantle, entrepreneur dans les travaux publics, est victime d'un accident de grue. Il perd son bras droit et il doit suivre une longue et lente rééducation. Son épouse le quitte. Edgar est sur le point de se suicider. Son médecin lui conseille de tout plaquer et redémarrer une nouvelle vie, dans un nouvel environnement. Et voilà Edgar qui s'installe à Duma Key, petit coin de paradis du Golfe du Mexique.
Rapidement, il fait la connaissance de ses voisins les plus proches : Elisabeth Eastlake, une très vieille femme, riche propriétaire terrienne, et son aide de vie, le sympathique Wireman.
Mais il y a mieux encore : Edgar se découvre un don étonnant pour la peinture...


Cela faisait pas mal de temps que je n'avais pas lu de Stephen King, l'un des auteurs favoris de ma jeunesse (je me souviens avoir dévoré Dolores Claiborne en une seule journée). Il faut dire que les derniers sur lesquels j'avais mis la main il y a quelques années ne m'avaient pas convaincu (Désolation, qui porte bien son nom en fin de compte, et Roadmaster). Alors en croisant la couverture de Duma Key, j'ai eu envie de voir si la magie opérerait toujours.

Ce que j'aime chez Stephen King, c'est qu'une fois qu'on rentre dans son roman, il suffit de quelques pages pour ne plus avoir envie d'en sortir ! King a cette incroyable qualité de réussir à vous accrocher très rapidement, de faire en sorte que vous vous attachiez vite aux personnages. Duma Key ne rompt pas les habitudes : il m'a suffit de 10 pages pour sentir que j'irai jusqu'au bout et que j'y passerai un bon moment.

Duma Key est en fin de compte un roman qui fait parfaitement la synthèse de l'oeuvre de Stephen King. Et en ce sens, et parce qu'il est très accessible, cela en fait un parfait roman pour les néophytes qui ne connaissent pas l'auteur.

Dans Duma Key, j'ai retrouvé plusieurs éléments chers à King.
L'intrigue générale tourne autour d'une menace qui influence son environnement proche (ici, la région de Duma Key), menace qui est l'incarnation d'un mal absolu et millénaire (un peu à la manière du monstre de Ca).
Bien entendu, comme dans tous les Stephen King, ce sont les personnages qui font l'intérêt du roman, et le trio Freemantle-Eastlake-Wireman est pour beaucoup dans le plaisir de lecture.
Enfin, et surtout, Stephen King ne cesse depuis des années de s'interroger à travers ses romans sur l'acte de création artistique (son origine, ses conséquences). Beaucoup de ses héros sont des artistes, on ne compte même plus le nombre de personnages écrivains ; et justement Edgar Freemantle va rapidement devenir peintre.
Seul manque à l'appel la nostalgie des années 50-60, que King a délaissé ici pour faire un roman "au soleil".

En fin de compte, Duma Key n'est PAS un roman d'horreur, mais simplement un roman inquiétant. Les ficelles sont en réalité assez grosses, et l'on prend plus de plaisir dans les 450 premières pages que dans les dernières.

Duma Key m'a réconcilié avec le King du fantastique, et vivement le prochain !
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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 10:14
Télérama vient d'éditer une édition 2009 du Guide Cinéma, version bien entendu mise à jour.

Le Guide Cinéma, c'est un peu un dictionnaire des films qui se présente sous la forme d'un gros bottin au format carré. Il fournit une présentation rapide du film (résumé, durée, année, réalisateur) et une appréciation.

C'est le genre de livre qu'on peut naturellement poser près de sa télé, pour être consulté afin d'attraper quelques infos. Et tant qu'à faire, il peut aussi susciter l'envie de regarder quelques titres méconnus ou inconnus.

Télérama n'a jamais vraiment défendu la série B ou le fantastique, et cela se sent. Mais c'est une vraie mine de renseignements sur le pouce, qui vaut bien ses 20 euros.

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 12:48
De Raymond Chandler

Si je m’étais endormi en lisant Le Grand Sommeil, j’aurais pu faire pas mal de jeux de mot à partir du titre. Et même si j’ai eu du mal à le lire, vous allez comprendre pourquoi, je ne peux qu’en dire du bien. Explications.

Philip Marlowe est un privé désabusé qui travaille à Hollywood. Lorsque le vieux Colonel Sternwood le contacte, c’est le début des ennuis. Quelqu’un tente de faire chanter le vieux. Comment ? Via des photos nues de sa plus jeune fille, Carmen. A Marlowe de remonter la piste, de découvrir qui en veut à la fortune de Sternwood, et de faire cesser le chantage. Mais lorsque des truands dur-à-cuir entrent dans la danse, les affaires se gâtent…

J’avais envie de découvrir le roman noir hard-boiled depuis que j’ai acheté le jeu de rôle Hellywood cet été. Et Chandler, c’est un peu le pape du genre, à priori.

Hélas, j’ai commencé à lire Le Grand Sommeil juste avant les vacances de Noël, à coup de 2-3 pages avant de m’endormir. Et petit à petit je me suis rendu compte que je me perdais dans les noms des personnages. Plus j’avançai et moins je comprenais, tout simplement parce que je n’avais pas été suffisamment attentif au départ. Donc, je l’avoue : je n’ai pas fini le Grand Sommeil. J’ai préféré abandonner vers les deux tiers du roman, plutôt que d’en sortir avec une mauvaise impression. J’ai acheté la version spéciale anniversaire de Folio, celle avec l’adaptation en film d’Howard Hawks. Ce sera pour moi l’occasion d’une séance de rattrapage avec Lauren Bacall et Humphrey Bogart. Et puis du coup, je finirai par piger l’intrigue principale.

Alors en quoi malgré tout j’ai aimé ce que j’ai lu ? Tout simplement parce que tout d’abord c’est très bien écrit. Peut-être que le fait d’avoir pour traducteur Boris Vian aide un peu. N’empêche que Chandler campe formidablement bien les personnages et les ambiances, avec une économie de mots. C’est ciselé, c’est précis. Et on sent une parfaite osmose entre l’auteur et son héros, Marlowe, privé au cœur dur et aux nerfs d’acier. Les répliques désabusées fusent, c’est un bonheur.

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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 09:40
par Chuck Palahniuk

Lire du Chuck Palahniuk, c'est s'exposer à une lecture certainement noire et dérangeante, toujours origniale. On pourrait comparer ça du saut en parachute. Une fois équipé, vous vous retrouvez face au vide, vous demandant ce que vous pouvez bien foutre là. Puis après quelques hésitations, vous sautez. Ca fait tout drôle les premières pages, et puis petit à petit vous vous rendez compte que l'expérience est grisante et que finalement vous seriez partant pour un nouveau tour.

Chuck Palahniuk
est taré. Ou génial. Ou les deux. Je l'imagine parcourant les rubriques "faits divers" des journaux pour dégoter des histoires insensées que personne ne croirait vrai ou bien pour extrapoler vers l'absurde des situations à la base véridiques. Il doit fonctionner comme ça, le Chuck.

Donc "Choke" nous parle de Victor, un ancien médecin drogué de sexe, un sexoolique. Si Victor est comme ceci, c'est parce que sa manman est un peu frappée elle-aussi. Tout petit, elle n'arrêtait pas de l'abandonner à des familles d'accueil pour mieux le récupérer quelques mois après et soit-disant parfaire son éducation. Mais Victor, sa manman, elle le gonfle. Car elle est maintenant placée dans un hospice, où elle n'en finit pas de mourir. Non seulement elle ne reconnait pas sa progéniture, mais en plus les frais hospitaliers sont exhorbitants. Victor a donc trouvé deux solutions pour ce problème financier. Un : il travaille dans un village-musée touristique genre "découvrez le XVIIIème siècle" où le moindre anachronisme peut vous couter votre job. Deux : il se baffre dans des restaurants chics jusqu'à l'étouffement, comptant sur la bonté d'un "providentiel sauveur"... Et vous savez comment sont les gens, ils aiment savoir par la suite si tout va bien, si vous n'avez besoin de rien ou d'un petit chèque. Et Victor va décider de chercher à comprendre qui est son père.

Comme d'habitude avec Chuck Palahniuk, ça fourmille d'idées bizarres, tordues et absurdes, si bien que tout comme Fight Club (qu'il a écrit avant Choke), il est bien difficile de vous expliquer de quoi cause réellement Choke sans déflorer les surprises. On y retrouve la verve de l'auteur, son style noir très noir enrobé d'ironie féroce. On sourit, on grince des dents, on apprécit les tournures et idées distillées. Je craignais un roman bêtement trash à cause du pitch de départ (le sexoolique) et finalement si le roman contient bien quelques pages déconseillées aux mineurs, ça n'est pas du tout, mais alors pas du tout l'intérêt du roman tant la spirale initiée par le narrateur parait sans issue.

Je termine par une parenthèse destinée à l'éditeur, Folio, qui décidément a bien du mal à classer Palahniuk dans ses collections. Regardons de plus près : Fight Club est rangé dans la catégorie Science-Fiction. Hum. Choke dans la catégorie Policier. Re-Hum. Est-ce vraiment si difficile, M. Folio, de ranger Palahniuk dans la littérature contemporaine ?
Autre chose : pourquoi vous amusez-vous à créer de nouvelles jaquettes, lorsque les versions originales sont parfaitement dans le ton. Faisons un petit comparatif, si vous le voulez-bien.

A ma gauche, la version originale, à ma droite la version française (poche) : pourquoi donc s'embêter à faire une nouvelle jaquette lorsque l'éditeur d'origine en a conçue une bien plus dans le ton. Et en passant qui ne spoile pas l'intrigue ! Car ce petit Jésus qui nous tend les bras, c'est déjà une (petite) partie de l'intrigue qui est dévoilée ! Idiots !

Idem pour Survivant (Survivor) du même auteur, rebelote :

L'éditeur US se fait suer à pondre une couverture conceptuelle, et bam ! en France, on vire tout, on recommence en moins bien. Je ne dis pas que les couv' US sont plus belles, chacun ses goûts, mais pourquoi refaire ce qui a été si mûrement réfléchi ?

Pour en revenir à Choke, et conclure mon billet, je dirais que c'est à nouveau un roman fort de la part d'un auteur décidément bourré d'idées. Un roman riche qui vous laisse avec pas mal de questions et auxquelles on réfléchit bien après la dernière page tournée. Fort.

A noter que l'adaptation cinématographique doit sortir en France au mois de janvier. Croisons les doigts pour que ça ne soit pas un navet.

Les autres romans de Palahniuk chroniqués sur ce blog :
Peste (Rant)
A l'estomac (Haunted)
Fight Club
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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 22:15
Par Scott Lynch

A bien y regarder, le genre de la fantasy ne comporte pas une grande proportion de romans originaux. La plupart du temps il s'agit de l'histoire d'une personne ordinaire qui va connaître une aventure extraordinaire après la découverte d'un objet magique (ou d'un don, ou d'un livre, etc.), va réunir autour d'elle un groupe hétéroclite, et qui sauvera le monde en terrassant un vilain affreux. Si cela vous fait furieusement penser au Seigneur des Anneaux (un petit homme entreprend une quête incroyable pour débarrasser le monde d'un anneaux maléfique), c'est normal. Si cela vous fait penser aussi à Star Wars, rien d'étonnant puisque Georges Lucas ne s'est jamais privé de dire qu'il s'était inspiré des légendes celtiques pour écrire l'épisode I, les même légendes qui sont aux racines du genre de la fantasy. Bref, cette longue intro pour vous dire qu'en somme la fantasy c'est un peu toujours la même chose.

C'est pourquoi le premier roman de Scott Lynch sort furieusement du lot.
Car du haut de ces 23 ans, le jeune écrivain fait preuve d'un talent impressionnant. La grande force de ce premier tome, c'est son originalité.

Dans la ville médiévale de Camor, Locke Lamora est à la tête d'une bande de voleurs, les Salauds Gentilhommes. Le vol est pour eux presque un art, tant ils s'échinent à dérober leur or aux bourgeois grâce à des arnaques et autres escroqueries de hautes volées. Locke Lamorra n'est pas particulièrement doué à l'épée, mais qu'importe puisque tout le monde pense que la Ronce de Camor est un fin bretteur... Mais un beau jour, un étrange personnage fait son apparition en ville, le Roi Gris, et entreprend de décimer les autres chefs de gangs, menaçant même le roi des criminels de la cité. Qui est cet étrange personnage ? Qui est son étrange compagnon, un de ces vindicatifs Mages aux salaires si élevés ? Et surtout comment les arrêter avant qu'ils ne s'en prennent aux Salauds Gentilhommes ?

Les Mensonges de Locke Lamora nous change donc des quêtes exotiques, puisque toute l'action se centre sur une cité, Camor, particulièrement mise en valeur par l'auteur à travers des descriptions passionnantes. Conçue comme une Venise en pleine déliquescence, Camor accueille la racaille de l'univers et la plus haute bourgeoisie dans des décors flamboyants. L'auteur pousse même le souci d'exactitude en fournissant un plan de la ville pour permettre de mieux suivre l'action. Mais si le décor est splendide, c'est bien Locke Lamora qui donne toute sa saveur à ce livre.

Revanchard, hargneux, redoutablement intelligent, et menteur comme un arracheur de dents, c'est un plaisir que de suivre les arnaques de Locke et sa bande. Il y a un petit côté Arsène Lupin et d'Oliver Twist à la sauce fantasy qui m'a ravi, et l'on prend rapidement Locke et ces Salauds à cœur. Si bien que lorsque Scott Lynch veut nous surprendre, on tombe dans le panneau qu'il a tendu. Attention, tout peut arriver, même l'impensable !

L'autre originalité du roman est de fonctionner à travers deux lignes temps. La première se déroule dans le présent : on suit les actions du groupe. La seconde se présentent sous la forme de flash-back, interludes qui soulignent et précisent toujours habilement l'action du présent.

La situation générale évolue tout au long du récit, et l'on frémit régulièrement pour le héros, qui s'en sort généralement avec énormément de panache et un peu de casse ! La tension monte en un crescendo, si bien que les dernières pages se lisent haletant, pressé de lire l'issu des premières aventures des Salauds Gentilhommes.

On referme le tome en se disant qu'on est tombé sur une perle de la fantasy, le genre de livre qui va marquer à coup sûr le genre. Foisonnant d'idées, terriblement prenant, et merveilleusement bien écrit, vous devez lire Les Mensonges de Lock Lamora si vous aimez le genre. Indispensable.


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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 19:03

 

De William Reymond

J’avais lu il y a quelques temps Coca Cola, l’enquête interdite du même William Reymond et j’avais beaucoup aimé. Aussi voir l’auteur revenir sur l’un des décès les plus mystérieux d’Hollywood m’attirait. Non pas que je sois un fan absolu de la Blonde, mais tout simplement parce Reymond savait y faire pour vous attraper et vous tenir en haleine. Il a une façon de romancer délicatement son enquête en créant des petits suspens, des petites interrogations qui donnent envie de lire toujours plus loin sans qu’on ne soit déçu ou frustré par la suite. Car Reymond s’appuie sur une enquête minutieuse et organisée, et sur des documents qu’il n’hésite pas à reproduire en annexe.

Dans Marilyn, le dernier secret, l’auteur adopte une démarche que j’ai apprécié : reprendre minutieusement les différentes théories, les approfondir et les confronter aux faits. Car la mort de Marilyn Monroe recèle pas mal de zones d’ombre, qui, depuis 1962, ne cessent de grandir à coup de témoignages parfois contradictoires, souvent intéressés.

Ainsi Reymond va-t-il commencer par tordre le coup à une information généralement prise pour argent comptant : Marilyn aurait été au plus bas en ce début d’été 62. Et l’auteur de revenir sur sa carrière pour démontrer que non, décidément, la Blonde n’allait pas si mal que cela à ce moment-là, et que le plus difficile se trouvait bien derrière elle ; que la 20th Century Fox avait bien essayé de faire croire au public que la star était dépressive. Reymond démontre que la réalité était tout autre. Et c’est du coup tout un pan du Hollywood des années 50-60 qui se dévoilent …

Ensuite, restait à traiter des diverses théories (plus ou moins farfelues): on a longtemps pensé à un suicide. Robert Kennedy a aussi été accusé d’avoir plus ou moins assassiné la star : soit il aurait lui tué Marilyn soit il aurait commandité son meurtre.

Reymond adopte une attitude intelligente et très pragmatique (les faits, toujours les faits) pour remonter les pistes évoquées, et pointer du doigt leurs failles. Mieux, il va même jusqu’à expliquer le pourquoi de ces diverses théories. Je ne vais pas spolier le roman, ça serait dommage (et puis vous n’auriez plus de réelles raisons de le lire !).

Enfin, restait à éclaircir les dernières heures et c’est le témoignage d’une proche de Marilyn qui va apporter un éclairage nouveau et surtout cohérent avec les preuves et faits démontrés. La conclusion du roman se déroule comme un roman policier, on reste pendu aux pages pour connaître la vérité (selon Reymond).

Au final, on en ressort rempli d’informations, et pour ma part, convaincu de l’explication  donnée. Mais comme le souligne l’auteur dans les dernières pages, la mort de Marilyn, c’est un peu comme Roswell ou l’assassinat de Kennedy, elle continuera à alimenter des théories fantaisistes pendant des décennies et des décennies… 

489 pages
Flammarion
Collection Enquête
ISBN : 978-2080690616
 

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 15:51
de Cormac McCarthy

Il est des livres qui nous poursuivent une fois la dernière page achevée. J'ai mis pas mal de temps à rédiger cette chronique, car ce roman est encore dans mon esprit, je repense à ses personnages un peu chaque jour, tant l'histoire m'a plu et marqué.

L'apocalypse a eu lieu, les cendres recouvrent les traces de civilisation humaine. Pourquoi ? On ne le saura pas.
Seuls quelques personnes ont réussi à échapper au désastre, et leur nouvelle vie consiste à survivre, jour après jour, coûte que coûte.
Une homme et son jeune fils suive les restes d'une route, en direction du Sud, tentant d'échapper aux bandes de sauvages. Leur espoir ? S'installer dans une région plus chaude, plus clémente. Et pourquoi pas trouver d'autres survivants ?


L'idée de base de Cormac McCarthy est simple : nous détailler le quotidien de ce duo dans un monde en déliquescence. On suit donc leur parcours, la route du titre, et l'on se tient à leurs côtés, à guetter le moindre signe d'espoir dans la nuit.

Cormac McCarthy écrit de manière simple, quasi monolithique : ses phrases se font à l'économie de mots, chacun bien choisi. Pas de paragraphes, tout est d'un seul tenant, les chapitres étant juste espacés. Et le style de McCarthy, que j'ai découvert sur No Country for Old Men, est toujours présent : régulièrement on trouve des successions de sujet-verbe enchaînés par des "et".

McCarthy ne tente pas ici de justifier l'Apocalypse, il ne s'en sert jamais. Nous ne sommes pas dans Je suis une légende, l'essentiel de la narration ne tient pas dans l'action ou la découverte, mais dans une longue et lente marche vers l'espoir. La Route n'est pas très rythmé, l'action n'est pas vive. C'est un roman descriptif et parfois même contemplatif : voici ce père et son fils, qu'est-ce qui les relie ?
L'occasion aussi pour l'auteur de parler de la violence (de façon très pessimiste) et surtout, par dessus tout, des valeurs de l'Homme, la générosité, le respect et l'entraide.

La Route est un roman magnifique, fort, qui m'a profondément ému dans ses dernières pages.
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