Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 11:37
J'avais râté à sa sortie le livre "Cinéma bis : 50 Ans de cinéma de quartier", alors quand j'ai vu cette suite débouler dans les rayons, vous imaginez bien, si vous suivez ce blog régulièrement, que je n'ai pas pu résister à l'achat.
 Je comptais faire un billet comme à mon habitude, et puis je me suis dis que je pourrais essayer d'interviewer son auteur, Laurent Aknin. Culottée, la Tortue !

A noter que le livre est en voie d'épuisement ! Le dernier fond de stock sort pour les fêtes en coffret couplé avec le premier volume en tirage numéroté... En voilà une bonne idée cadeau pour les cinéphiles !

545 pages
Editeur : Nouveau Monde Editions (paru le 15 mai 2009)
Collection : CINEMA
ISBN-10: 284736434X
ISBN-13: 978-2847364347


Avant de rentrer dans le vif du sujet, pourriez-vous rapidement présenter votre parcours professionnel et/ou personnel (à vous de voir) avant la publication de votre livre "Les classiques du cinéma bis" afin que mes lecteurs en sachent un peu plus sur vous ?

C’est difficile de résumer : je suis critique et historien de cinéma, et également enseignant, le tout en free – lance. J’ai une formation universitaire et j’ai écrit ma thèse sur le cinéma bis italien. J’ai aussi fait de la mise en scène, j’ai été membre du comité de sélection de la Semaine de la Critique à Cannes, et encore beaucoup  d’autres choses…

Comment est née l'idée de ce livre ? Aviez-vous déjà en tête ce projet lorsque vous avez entamé l'écriture de "Cinéma bis : 50 Ans de cinéma de quartier" ?

Non, en fait l’idée de ce livre est venue, d’une part du bon accueil réservé au premier et aussi d’une remarque que l’on m’avait fait plusieurs fois, à savoir que l’on aimerait en savoir plus sur certains films.Au départ, je pensais vraiment que « 50 ans ce cinéma de quartier » serait un bouquin unique. Le résultat est que le second est deux fois plus épais, ou presque…

J’imagine pourtant que lorsque le projet arrive sur le bureau d’un éditeur, ça ne doit pas terriblement l’emballer. Le cinéma bis, ça n’est pas spécialement porteur, si ?

Et bien, au contraire, l’idée a tout de suite emballé Nouveau Monde, qui avait déjà sorti un énorme Dictionnaire du Cinéma populaire français. En fait, c’est même l’éditeur qui a suggéré de faire un premier livre sur le cinéma bis mondial, alors que je ne pensais à l’origine ne faire un livre que sur le péplum ou le cinéma bis italien. Question de flair je suppose…

Le travail que vous avez réalisé avec Lucas Balbo semble titanesque. Je n'ose imaginer le nombre d'heures passées à visionner de vieux films. Certains sont peut-être même introuvables ? Quelle méthode avez-vous utilisé pour écrire ?
 
Tout d’abord, il a fallu dresser la liste des films retenus, liste qui a évolué au fur et à mesure que l’écriture avançait : on a éliminé des doublons, des redites. On a le plus possible tenté de revoir les films sélectionnés. Pour cela, la vidéothèque de Lucas Balbo, qui a un nombre considérable de VHS introuvables, a été précieuse ! Mais pour d’autres, il a fallu se baser sur la simple mémoire, aidée par les synopsis d’époque, ou les « Saisons cinématographiques ». Seuls deux films, et ils sont signalés, n’ont pas pu être vus, mais leur invisibilité même est la raison de leur présence dans le livre. Ensuite, c’était tout simplement un travail méthodique, fiche après fiche. J’ai relu ensuite l’ensemble pour harmoniser le tout.

 Que sont les « Saisons cinématographiques » ?

Ce sont des hors-séries annuels que publiait une revue de cinéma (« La Revue du Cinéma », tout simplement), qui recensaient tous les films distribués en France sur une année, avec fiche technique, synopsis, critique et index. L’ancêtre de « L’annuel » actuel. Ces volumes, désormais épuisés, sont une extraordinaire source documentaire (malgré des erreurs et des coquilles), et sont aujourd’hui très recherchés..

Il y a des informations invraisemblables dans votre livre.
On y apprend, par exemple, que la dernière apparition de Bourvil sur grand écran (dans un tout petit rôle) remonte à "Clodo", un film semi-pornographique.
Où avez-vous puisé vos informations ?

Croyez le ou non, mais ce film a connu, dans sa version non-porno, une sortie en VHS dans une collection fantomatique de cassettes immédiatement tombées dans les bacs des soldeurs… et je l’avais trouvée ! Je l’ai depuis léguée à Balbo. Ensuite, c’est juste un travail d’enquête et d’historien : vérification des numéros de visas, consultation du registre du CNC, croisement avec des articles de la « Saison cinématographique » etc..  C’est ainsi que l’on découvre que ce film était à l’origine un court - métrage… L’idéal serait bien sûr, pour chaque film de ce type, de retrouver les « témoins » et d’obtenir des entretiens… mais ce n’est pas toujours évident…

J'aime beaucoup le fait que vous ayez choisi un classement chronologique. On perçoit ainsi bien mieux l'évolution des modes dans le cinéma bis, et plus précisément italien. Péplum, western, érotique, post-apo. Vous l'aviez voulu ainsi à l'origine du projet? ou bien cela s’est imposé peu à peu ?

C’était à l’origine du projet, dès le début, c’était même le principal « concept » du livre. L’idée était de sortir du traditionnel « classement par genre » qui? dans le domaine du cinéma bis? n’a guère de sens puisque par nature il s’agit d’une forme de cinéma « impur » ; on peut mieux voir ainsi, tout simplement, ce qui était à l’affiche des salles de quartier à une époque donnée. Bien entendu, tous les membres fanatiques des diverses « chapelles » cinéphiliques (les fantasticophiles, les accros du western italien, les fans de cinéma asiatique) renâclent un peu devant cette méthode (ciel !  un « Hammer » au même rang qu’un porno-soft !), mais c’est pour moi la plus pertinente…

J’ai beaucoup apprécié qu’on ressente aussi un profond respect dans vos écrits, ce qui n’empêche pas un pointe d’ironie par moment. Il aurait été facile d'enfoncer les réalisateurs et acteurs, mais cela n'arrive jamais.

Tout simplement parce que je parle d’un cinéma que j’aime profondément et sincèrement…

Il y a 500 films dans votre livre et  j'imagine qu'il vous a fallu faire des choix. Est-ce qu'il y a des titres qui vous tenaient à coeur et que vous avez dû mettre de côté ? Lesquels ?

Ca, c’est la question la plus cruelle. J’aurais bien mis tous les films de Jess Franco, tous les films avec Klaus Kinski ou Gordon Mitchell, tous les péplums italiens… on s’est un peu débrouillé en citant de nombreux autres films à l’intérieur des notices consacrées aux 500 films choisis.

A votre avis, quels sont les pires navets du lot, ceux dont on pourrait dire qu’ils sont une vraie « épreuve cinématographique » pour le spectateur ?

Si je comprends bien votre question, il ne s’agit donc pas des navets jubilatoires, enthousiasmants, mais de ceux qui mettent le spectateur à l’épreuve, les « navets agressifs » en quelque sorte…

Tout à fait !

Il y en a au moins deux : Rivelazioni di uno psichiatra sul mondo perverso del sesso, de Renato Polselli, que je n’ai jamais pu voir en entier d’un seul coup. Et Poussez pas grand-père dans les cactus, de Jean-Claude Dague. Je me rappelle que la première fois que je l’ai vu (j’étais encore un gosse), les spectateurs sont allés engueuler la caissière et le responsable du cinéma à la fin de la séance….

Dans la préface, vous indiquez qu'il vous a été difficile de trouver des titres bis récents. Pensez-vous que le cinéma bis existe encore de nos jours ?

Peut-être dans une certaine « esthétique » maniériste, dérivée du cinéma bis authentique des années 70 et 80 (voir les films de Tarantino, la nouvelle école fantastique espagnole ou française, etc.) ; mais en aucune manière sur le plan économique, tant les réseaux de production, de distribution et d’exploitation ont changé en moins de 20 ans…

Quel regard portez-vous sur le cinéma fantastique international actuel ?

D’une manière générale, de genre « transgressif » le fantastique est devenu un genre « mainstream » et consensuel, voire réactionnaire… Twilight me désespère, tandis que John Carpenter ne tourne plus,, si vous voyez ce que je veux dire. C’est vraiment à la marge du genre, surtout du côté du gore, que l’on trouve encore de véritables pépites. Parfois aussi quand des scénarios se révèlent plus ambitieux, souvent quand ils proviennent de grands écrivains du genre : The Mist, Midnight Meat Train, les films japonais (qui sont en passe d’être aseptisés à leur tour), ce genre de chose… Mais bon sang, que tout cela est devenu sage, pantouflard… Qu’on aime ou pas, un film comme Martyrs, par exemple, c’est sacrément risqué, gonflé, ça secoue…mais c’est rare, et en plus ça prend un bide…
 
Je rebondis sur votre remarque sur Twilight. Effectivement, c’est médiocre mais en même temps ce type de film permet de créer une porte d’entrée vers le genre. Si j’avais démarré avec Martyrs, il est probable que je m’en serais détourné rapidemen,t vu la violence du film. Très clairement, Twilight n’est pas fait pour les amateurs du genre.

Une porte d’entrée, oui ! mais vers quoi ? En dehors des questions de violence, de gore etc…, Twilight est un film profondément réactionnaire, dans tous les sens du terme : moralement et politiquement. Que l’on compare ce film de vampires « pour ados » ou sur des ados,  avec une œuvre remarquable comme Morse et l’on verra l’abîme idéologique qui les sépare…

Si je peux me permettre une critique, pourquoi ce choix d'un vert (que je trouve affreux) dans la maquette ? Alors qu'un joli rouge sang aurait été finalement plus approprié, non ? :o)

 Ah, on en a beaucoup discuté, de ce vert ! Bon, le premier était rose, et on voulait rester un peu dans le « flash » et passer sur une teinte froide, donc pas de rouge (d’ailleurs j’aurais des doutes sur la lisibilité)… Et puis ça a un côté un peu agressif et surtout inhabituel. On avait essayé en bleu, mais c’était moins convaincant ! Pour un autre éditeur, je suis en train de corriger les épreuves d’un livre, sur lequel je n’ai pas vraiment de droit de regard sur la maquette, et je me retrouve avec ce classique jaune – orangé que l’on voit partout… c’est beau, c’est lisible, c’est classe, mais je m’en lasse un peu...

Un nouveau volume est-il prévu à l'avenir ? Et quels sont vos projets ?

Je termine donc un petit ouvrage sur le péplum, qui doit paraître cet automne. Sinon, dans la série « Cinéma Bis », il n’y a pas encore de nouveau volume en prévision – je ne veux surtout pas faire « Les 500 autres classiques » ! J’ai deux projets sur le feu, mais pour l’instant je les laisse un peu mûrir, d’autant que j’ai besoin de digérer plus d’un an d’écriture… en tout cas ce sera une autre approche sur le cinéma bis.

Merci Laurent Aknin d'avoir pris un peu de temps pour répondre à mes questions  et Frédéric Durand pour l'aide apportée.


Partager cet article
Repost0

commentaires

P
<br /> Un mot! Bravo!<br /> J'admirai toujours ton volontarisme!<br /> Rigolo de voir combien tu peux être enthousiaste et enthousiasment!<br /> Bye!<br /> <br /> <br />
Répondre