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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 21:34

black swanVendredi, 14h00, je me pointe à la séance du début d'après-midi de Black Swan. Il y a dans la salle 4 petites vieilles, qui discutent en attendant le film. "Vous allez voir, c'est un film sur la danse, comme quoi c'est difficile d'être danseuse...". Je souris intérieurement : si Darren Aronofsky reste dans le même ton que ses films précédents ça va valoir le coup de jeter un oeil sur les petites vieilles pendant le générique de fin. Trépanation à la perceuse (dans π), shoot hallucinant (Requiem for a Dream), catcheur looser à la reconquête d'une gloire passée : le réalisateur ne fait pas franchement dans le consensuel et le grand public... Chouette !
16h00. La musique de Tchaïkovski se termine, le film aussi et j'ai les larmes aux yeux.
Du coin de l'oreille, j'entends des voix âgées : "C'était ... spécial." "Ah oui hein, c'est vraiment bizarre comme film, mais j'ai bien aimé !". Je veux mon n'veu ! 
Black Swan est une énorme claque. Que s'est-il passé pendant 2 h ?

Nina (Nathalie Portman, impressionnante) est danseuse classique dans un ballet réputé de New York. Timide, discrète, mais du genre travailleuse et perfectionniste, Nina a du talent. On doit lui donner le prochain grand rôle d'une nouvelle version du Lac des Cygnes. Problème : si elle sera à coup sûr parfaite en cygne blanc, le directeur de la troupe s'interroge : Nina saura-t-elle libérer son côté sombre pour danser comme un cygne noir ?...

Il y a plusieurs niveaux de lectures dans Black Swan.
Darren Aronofsky y convoque des influences des plus riches : Cronenberg (et son rapport masochiste au corps), De Palma (on pense à Carrie), Polanski (son inquiétante étrangeté et son Répulsion) et même Argento (Black Swan peut être vu comme une vision moderne de Suspiria). Mieux que la somme de toutes ces influences, Black Swan propose quelque chose de nouveau à mi-chemin entre le mélodrame et le film d'horreur. Darren Aronofsky nous propose de suivre Nina comme nous suivions Mickey Rourke dans The Wrestler, d'être à ses côtés sur scènes (les danses sont remarquablement filmés tout en fluidité aérienne) comme dans la vie. Nina a un gros soucis : elle cherche tellement à contrôler ses actions, la perfection, qu'elle ne "vit" plus. Coincée entre son métier et sa mère (elle même ex-danseuse qui a abandonné une carrière de danseuse pour l'élever), la psychée de Nina s'embrouille, se fissure (voir l'affiche) et Darren Aronofsky filme cette déchéance comme un film fantastique (nombreuses scènes d'horreur). Pour devenir le black swan, il lui faudra découvrir le sexe et la drogue, sortir d'elle-même, au risque de se brûler les ailes...
Les 20 dernières minutes sont exceptionnelles, entre une utilisation magnifique des effets numériques, et la grâce du ballet, Darren Aronofsky nous laisse comme transi d'émotion. Si on m'avait dit un jour que j'aurais pu frissonner devant un spectacle de danse classique, je n'y aurais pas cru.

Au-delà du film, la comparaison avec The Wrestler est immanquable et intéressante. Aronofsky utilise le même principe de suivre ses personnages caméra à l'épaule, comme pour mieux nous y faire croire. Comme dans The Wrestler, le rapport au corps, à la chair, est primordiale et la quête de la gloire un objectif aussi futile que fatal. Dans The Wrestler, le ring est un lieu de violence et de chaos, les vestiaires un lieu fraternel (où les catcheurs s'entraident). Dans Black Swan, c'est l'inverse : si la scène est lieu de pureté et de grâce, les coulisses sont un vrai nid de serpents. Les deux films explorent les relations enfants-parents (comme Requiem for a dream d'ailleurs d'une certaine façon). Et si Black Swan fonctionne très bien tout seul, il s'enrichit avec la comparaison.

Enfin, dernier niveau de lecture, très intéressant, Black Swan et The Wrestler proposent un "métafilm" à travers son casting. Nathalie Portman est Nina, c'est une actrice de talent, à l'image assez lisse et propre, mais qui n'a jamais eu son grand rôle (Léon ?). Mickey Rourke était son personnage, réellement. Un looser qui rêve de nouvelle gloire. Dans Black Swan, l'ancienne vedette du ballet, remplacée car jugée minable et dépassée, est jouée par... Wynona Ryder (méconnaissable), actrice dont la carrière est en chute libre depuis quelques années.

Le film connait un succès étonnant aux USA : ayant coûté moins de 10 millions de dollars il en a déjà rapporté 100 millions. Comme quoi, malgré un sujet difficile, le talent est parfois reconnu.

N'empêche, avec David Fincher et Christopher Nolan, on tient avec Darren Aronofsky l'un des plus grands réalisateurs des années à venir. Allez-y, courez-y, démerdez-vous, mais allez voir Black Swan.

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