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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 14:42
Quand il réalise en 1968 La nuit des morts-vivants, George Romero est loin d'imaginer qu'il va créer un genre, le film de zombi, qui n'a cessé depuis de se développper au-delà même de son média d'origine : le jeu vidéo a depuis longtemps repris le genre à travers les sagas Resident Evil ou House of the Dead par exemple, et Romero lui-même a scénarisé un comic-book d'horreur. Mais où Romero se démarque des autres réalisateurs de films d'horreur pour adolescents, c'est qu'il profite de ses films pour jeter sur notre société un regard féroce. Le dernier en date s'intitule Diary of the Dead, et ce n'est ni plus ni moins qu'un des meilleurs films d'horreur jamais réalisé. A bientôt 70 ans, Romero signe une oeuvre magistrale et détonnante.

Chaque film de Romero propose de disséquer une facette de notre société : dans Zombi, avec ses personnages coincés dans un supermarché, illusion de refuge face à l'apocalypse, l'auteur tirait à boulet rouge sur le consumérisme par exemple.

Aujourd'hui dans Diary of the Dead, Romero va s'attarder sur la communication et plus précisément sur la surmédiatisation. Nous suivons donc un groupe d'étudiants en cinéma qui voient le tournage de leur film d'étude interrompu suite à un phénomène incroyable : les morts reviennent de l'au-delà et dévorent les vivants. Nos héros cessent leur travail et décident de retourner chez leurs parents. L'un d'entre-eux choisi de filmer leur voyage camera
au poing pour diffuser ses films via internet et ainsi témoigner de la vérité que les médias traditionnels veulent atténuer.

Romero choisit immédiatement de présenter son métrage par une mise en abîme saisissante. Diary of the Dead est le résultat du montage de plusieurs sources vidéos : les cameras des étudiants, les vidéos surveillance des lieux visités, des vidéos récupérées via Youtube, ... Le film est donc un montage de films, agencés et montés d'une certaine façon afin d'essayer de nous montrer la "vérité" sur l'apocalypse du genre humain. On retrouve ici le même principe que De Palma dans Redacted. Comme le dit l'un des protagonistes : à l'heure où tout le monde peut tourner et diffuser son film, et donc sa vérité, comment faire le tri ?

Et Romero de s'amuser comme un petit fou en multipliant les lectures possibles et les situations ingénieuses. Rien à dire, Diary of The Dead fourmille d'idées. Pour exemple, le passage qui nous montre le réalisateur incapable de bouger parce que ... le câble reliant sa caméra déchargée à la prise électrique est trop court. Et quand plusieurs zombis traînent dans le coin, forcément ça n'est pas très rassurant.

Au-delà du plaisir (évident) de mise en scène,  Romero pousse le spectateur à s'interroger sur l'acte même de filmer. Rappelons qu'en anglais, filmer se dit "to shoot" qui signifie aussi "tirer". De là à dire que filmer c'est tirer, il n'y a qu'un pas que Romero franchit allègrement.

Enfin, Romero aborde aussi une notion très intéressante : est-ce que filmer c'est participer à l'action ? Peut-on filmer la misère et la détresse humaine sans intervenir sous prétexte que l'on cherche à témoigner ? L'auteur, incisif, propose une réponse sans concession dans une scène finale époustouflante de pessimisme et au-delà de l'horreur.

Du coup, avec toutes ses idées à mettre en place, il faut croire que Romero a oublié qu'il réalisait un film d'horreur. Oh il y a bien quelques moments flippants et scènes gore, mais ce n'est pas un étalage constant de tripaille. Les amateurs en auront pour leur argent avec quelques idées réjouissantes (ah, l'amish muet !), sans que cela ne dégoutte totalement les néophytes du genre. Non, Romero situe son film bien au-delà du simple film "pour se faire peur".

Diary of the Dead est un film impressionnant et époustouflant, je dirais même mieux : indispensable.
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