Coeurs perdus en Atlantide
En 1984, Tobe Hopper est pressenti pour réaliser le film, mais se désistant au dernier moment, la production appelle à la rescousse Dan O’Bannon, le scénariste d’Alien, derrière la caméra pour shooter son premier long métrage, un film de zombies.
John Russo, le co-scénariste de La Nuit des Morts-vivants/Night of the Living Dead, en a écrit le script. Mais voilà que Georges Romero himself, craignant qu’on fasse de l’argent sur le dos de son film, pose problème à la production. Il faudra un jugement pour établir le titre définitif : Le Retour des Morts-vivants/The Return of the Living-dead. Notez le trait d’union qui fait toute la différence (en version originale seulement qui plus est) …
Bref Dan O’Bannon se retrouve au milieu d’un sacré chantier, d’autant plus qu’il souhaite faire un vrai film d’horreur alors que les producteurs voudraient un film plus grand public. Et O’Bannon de découvrir après 6 semaines de montage que la production a « corrigé » son film pour une version appuyant sur les effets comiques. Curieusement, au final, le film fonctionne plutôt bien, à condition de le prendre pour ce qu’il est : une agréable série B comico-horrifique. Et l’on va voir que derrière cette façade grand-guignolesque, on retrouve quelques éléments forts intéressants…
Nouveau job pour Freddy : travailler dans un entrepôt de produits médicaux de Louisville. Son vieux collègue lui propose de visiter
les lieux, et surtout l’attraction principale : une cuve contenant un mort-vivant capturé par l’armée. Maladroits et idiots, les deux hommes libèrent le zombie. Seul solution pour s’en
sortir : brûler le mort-vivant à la morgue de l’autre côté de la rue.
Sauf que le produit toxique libéré par la cheminée suite à la crémation du monstre se répand dans le cimetière voisin grâce à la pluie battante d’un orage.
Dans la rue, le reste de la bande à Freddy, un groupe de voyous, s’ennuie et va faire un tour dans le cimetière en question. Gros ennuis en perspective…
Le Retour des Morts-vivants est donc un film qui ne se prend jamais réellement au sérieux. Dès le générique on nous signale que les évènements relatés sont tirées d’une histoire vraie « et
que les noms n’ont pas été modifié ». Hum.
Dan O’Bannon, probablement excédé par les démêlés juridiques contre Romero, lui rend la pareil : les personnages de son film connaissent La Nuit des Morts-vivants de Romero. Et l’on nous apprend que le script du film serait inspiré de faits réels : dans un hôpital, suite à une fuite de produits toxiques, des morts se seraient relevés. L’armée serait intervenue et aurait enfermée les monstres dans des cuves hermétiques qu’elle aurait disséminées à travers le pays. Et une de ces fameuses cuves se retrouvent à Louisville suite à une erreur de livraison ! Ou comment profiter indirectement de la notoriété du film de Romero… Autre clin d’œil appuyé, tous les personnages savent (puisqu’ils ont vu La Nuit des Morts-vivants) qu’il faut tirer dans la tête des zombis. Sauf que O’Bannon s’amuse à tourner en ridicule cet archétype : et non, même avec une pioche au milieu du front, les zombis poursuivent leur chemin (« Le film aurait menti !? ») !
Ce qui est plaisant, dans Le Retour des morts-vivants, c’est que tous les protagonistes sont idiots ou presque. Ca rend le film moins sinistre et beaucoup plus drôle.
D’un côté nous avons la bande de jeunes, pour la plupart des punks, des voyous, des filles délurées : ils ne pensent qu’à boire, à fumer,
à glander, ils n’ont pas de travail. De l’autre nous avons des adultes totalement inconscients et qui surtout n’assument absolument pas leurs erreurs, ce qui déclenche l’apparition d’abord
limitée puis massive des zombis. On remarquera que les zombis de leur côté sont tout à fait malins, parlent presque normalement et comprennent rapidement les stratégies des héros.
Ils se feraient presque passer sans problème pour des humains (voir la scène où un zombi flic tend une embuscade à d’ex-collègues).
On notera au passage que les morts-vivants courrent aussi vite que des humains et bien avant le remake de L'Aube des Morts-vivants réalisé par
Snyder !
Des adultes idiots, des ados inconscients et des zombis malins avec pour seuls horizons un entrepôt, une morgue et un cimétière (dont le portail est peinturluré d’un « No Futur »
prémonitoire). Une pluie qui disperse un produit toxique dans un cimetière et qui va libérer une armée de morts sur terre… La seule solution au problème : La bombe nucléaire !
Le message écologique est limpide si on sait le « décrypter » (pas fait exprès celle-là !) : les adultes polluent la Terre sans réfléchir, se fichent des conséquences, et cherchent plus à dissimuler la situation qu’à la solutionner. Les jeunes aveuglés par leur inconscience ignorent les agissements de leurs aînés et en paieront le prix dans le sang…
Pour revenir à un sujet plus léger : mention spéciale à l’actrice qui incarne Trash la punkette : Linnea Quigley ! Les
spectateurs de l’époque se rappellent encore de son strip-tease improvisé dans le cimetière. Elle passera les ¾ de son rôle en tenue d’Eve, exhibant de bien jolies formes !
Comme les ambiances macabres semblent l’exciter son fantasme serait de se faire dévorer par un groupe de vieils hommes. L’occasion lui en sera donné, bien sûr, avant de devenir une reine des
morts-vivants affriolante (et nue !).
Quelques années plus tard, sortira Le Retour des Morts-vivants 2 qui lancera toute une série jusqu’au 5, sous-titré Rave to the Grave : tout un programme !
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