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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 10:24

Pervert.jpgLe système hollywoodien contre le cinéma indépendant. Voilà le combat que nous montre Jonathan Yudis avec le budget minuscule de 50 000 dollars. Impressionnant.

50 000 petits dollars, c'est une broutille, le budget café d'un blockbuster comme Transformers. Pour vous donner une idée de l'étroitesse des moyens, sachez que les deux actrices les mieux payées d'Hollywood à l'heure actuelle récoltent entre 15 et 20 millions de dollars par film. Pervert ! c'est donc un tout petit budget, mais ça ne se voit pas forcément. 

Yudis chiade son film comme un malade à tel point qu'on ne soupçonne pas les conditions du tournage (le désert, la chaleur). Abandonnant les codes actuels d'Hollywood, il propose des transitions comiques et originales, comme cette toute première scène où un vieux noir aveugle introduit l'histoire dans un style très comic-book.

Pétri d'un amour sincère pour les films d'exploitation (dits "grindhouse"), Yudis réalise ici un hommage et une déclaration d'amour aux petits indépendants US. Difficile de ne pas penser à Russ Meyer et ses femmes aux formes généreuse lorsque Mary Carey (actrice porno) expose à nue sa poitrine et l'asperge de miel en plein désert. Phil Kauffmann et ses Toxic Avengers produits par sa firme Troma ne sont pas loin non plus, avec cet humour gras souvent en dessous de la ceinture. Et à bien y regarder, Pervert ! brasse un nombre impressionnant de références plus ou moins directes aux cinémas de genre indépendant : sexploitation, western, gore, boolywood,

Le héros de Pervert ! arrive de la grande ville dans un coin paumé des USA, "pour devenir un homme", comme il dit ou plus précisément pour passer des vacances avec son vieux père remarié avec une prostituée. A son arrivée, un tueur mystérieux commence à assassiner la famille. On retrouve ici une thématique forte du cinéma américain : les étendues sauvages (habitées par des "rednecks", des bouseux) sont dangereuses pour les citadins. Un message que de nombreux cinéastes américains ont déjà explorés, tronçonneuse à la main pour Tobe Hopper. Une réminescence de l'Histoire de l'Amérique en somme, où l'autochtone indien et sauvage était forcément dangereux face au civilisé homme blanc.

Dans la lutte que nous dépeind le réalisateur, Hollywood c'est bien sûr ce garçon timide, sexuellement complexé, incapable d'accepter ses pulsions. A contrario, le père et son entourage de filles légères sont tout ce que peut s'offrir le cinéma indépendant : une sexualité épanouie et extravertie. 
La toute première scène est frappante : le héros conduit une superbe voiture (symbole de l'argent) dont la boîte à gants est remplie de magazines pornos et de jouets sexuels (abondance des moyens). Le héros recueille une jolie auto-stoppeuse qui rapidement effrayée par toute cet étalage porno va fuir le jeune homme. Plan final : un chien errant joue avec une "bouche suceuse" qui fait 'pouet'. 

L'oppositon est évidente et le cinéma indé se permet tout, jusqu'à l'outrance. Mary Carey attrape un brin de maïs, l'enduit de beurre de cacahuette , pour le lécher puis le sucer devant notre héros halluciné de tant de sexualité affichée... et affirmée ! Cette audace, le jeune homme la contemple sans broncher, comme tous les studios américains incapables de surmonter leur bon puritanisme. Au contraire d'un cinéma de genre totalement décomplexé, capable de monter des films déments bravant la censure...

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