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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 13:59
Cela fait quelques temps que je n’avais pas fait une petite chronique nanaresque comme vous l'aimez, je le sais bandes de petits coquins. Si, si, à force de lire des chroniques, vous l’ignorez encore mais se développe en vous un amour sans bornes pour le Z et le bis. Alors pour cultiver cette passion nanaresque, quoi de mieux qu’un petit voyage ensemble, une plongée dans un film de Jess Franco, un classique absolu qui a redéfini les limites du nanar. Comme le dit l’affiche, « un terrifiant voyage au cœur de l’enfer » (pour le public, c’est certain)…


Alors ouaip, vu comme ça, ca fleure bon le film tout pourri. Les mots « vierge » et « morts-vivants » nous laisse à croire que l’artiste… pardon l’opportuniste réalisateur va mixer allègrement deux sous-genres du 7ème art : le film coquin mais sans zizi ni fesses, donc érotique. Reste à savoir ce que l’on met réellement derrière… enfin je veux dire derrière le mot érotisme, mais je m’égare. Donc on pourrait penser que l’ami Jess va mélanger le film érotique avec le film de zombies. Et là je vous arrête tout de suite, ami(e)s des morts-vivants et de la polissonnerie, vous allez être dessus car le film ne tient aucune de ses promesses, comme nous le verrons. Au risque de vous gâcher la surprise, ici, pas beaucoup de coquineries et encore moins de zombies…

christinaxx7.jpg
Le film de Jess Franco est aussi sorti sous les autres titres de « Christina, princesse de l’érotisme » et (hop, on fait un mélange) « Christina chez les morts-vivants ». Jess Franco avouera plus tard dans une interview que s’il avait eu le choix, il aurait appelé son film « La nuit des étoiles filantes », et malgré un visionnage ô combien attentif, j’ignore encore les raisons de ce choix. Et puis avouez que le choix des producteurs est nettement plus drôle… Pour être complet, le film connaîtra plusieurs jaquettes que voici (attention, prenez note) : Virgin Among the Living Dead, , Le Labyrinthe, Comme Apocalypse, I Desidiri Erotici di Christina, Exorcismo per una Vergine, Eine Jungfrau bei den Lebeden Toten, Eine Jungfrau in den Krallen von Zombies, Los Suenos Eróticos de Christine, Una Virgen en Casa los Muertos Vivientes, Zombie 4, Among the Living Dead. Ouf.

En plus, ces titres ne dépareillent pas dans la filmographie d’un réalisateur coupable de « Vampyr Lesbos », « Les avaleuses », « Killer Barbys vs Dracula », « Oasis of the zombies », « Deux espionnes avec un petit slip à fleur » (non je ne blague malheureusement pas), «Je brûle de partout » (aussi appelé « Rapt de nymphettes »), « Les nonnes en folie », « La fille au sexe brillant », « Mais qui donc a violé Linda ? », « Exploits érotiques de Maciste dans l'Atlantide », « Les amazones de la luxure », « Les maîtresses du Dr Jekyll », ou « Necronomicon » (moins drôle, mais faut bien faire plaisir au lectorat rôliste cthulhien…). J’arrête là quoique je vous remettrais bien un petit « Trois filles nues dans l'île de Robinson ») puisque Jess Franco a plus de 200 films à son actif, tous plus ou moins autour du même thème : un décalquage vaguement érotique d’un genre à succès. Du grand cinéma vous l’aurez compris.


Premier plan et premier choc, puisque Jess Franco ouvre son film avec des images issues sans doute d’un film de vacances. L’ensemble est accompagné d’une musique épouvantable, franchement post-moderne, mais trop pour tout individu à peu près sain d’esprit. En comme l’image est dégueulasse, même sur la version DVD, c’est forcément un bonheur.


Mais, chut ! l’intrigue démarre sur les chapeaux de roue !
Christina Benton, qu’on suppose vierge d’après le titre (mais peut-on vraiment s’y fier, puisqu’elle serait aussi la « princesse de l’érotisme », hum ? Me voilà tout perdu dans ma tête), Christina donc arrive dans une auberge, pour passer la nuit. On apprend qu’elle veut se rendre dans le manoir familial, perdu dans une vallée du Honduras. Pour la petite minute pédagogique de cet article, apprenez chers amis que le Hondura se situe en Amérique Centrale, au sud du Mexique. Voilà. Ca n’aura aucun intérêt pour la suite, mais vous n’aurez pas lu ce billet pour rien. Mais pourquoi Christina veut-elle se rendre dans ce château de Montésératé tout paumé ? Et bien parce que son père, qu’elle n’a jamais connu, vient de décéder et qu’elle doit assister à la lecture du testament.

Renseignement pris auprès de l’aubergiste, il semblerait que cette vallée soit un haut lieu touristique où je ne m’y connais pas : « Il n’y a pas âme qui vive dans cette vallée ! Vous n’êtes pas sérieuse… Vous ne voulez pas aller là ?! Je vous aurais prévenu, hein. » Je travaillerai à l’Office de Tourisme du coin, j’en connais qui se ferait tirer les bretelles. On apprend au passage qu’un certain Basilio doit venir la chercher pour la conduire jusqu’à Montéséradé.

Troublée Christina va dormir. Troublée jusqu’à faire des cauchemars. Alors Christina se lève pour aller papoter dans la salle commune de l’auberge. L’occasion pour le public de découvrir que la forêt amazonienne était encore loin d’être complètement débroussaillée. Un vrai drame capillaire… Curieux cette façon de descendre avec ce genre de petite culotte, sans craindre le regard des autres, non ? Ralala, ce sacré Jess trouve là un moyen d’introduire un peu d’érotisme dès la 5ème minute. Malin.

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Dans la foulée, donc oui en pleine nuit, Basilio arrive.

Basilio est le majordome de la famille, un type un peu grassouillet, la moustache et un air général très typé « Beauf » de Cabu. Notez que Basilio est joué par Jess Franco himself. Se trouver en petite tenue n’a pas l’air de décontenancer plus que ça Christina (c’est son côté princesse de l’érotisme, c’est sûr). Et nous découvrons que Basilio est muet, tout juste arrive-t-il à placer quelques onomatopée forts convaincantes.


Et Basilio d’amener Christina au château, avec le cortège d’images style film de vacances. Mieux Jess Franco filme caméra à la main depuis la place arrière le paysage qui défile.

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Et, là, attention, l’artiste s’essait au monologue intérieur, avec l’envie évidente de mettre en place l’ambiance pesante de la vallée. On y va je vous tiens la main pour ne pas tomber : « Voilà une heure que nous roulons vers le fond de la vallée. Et j’ai l’impression de vivre un rêve (pause)… étraaaange. Le chant des oiseaux ne m’est plus (pause) … familier. Il me semble (pause)… que j’aperçois des oiseaux de proie. Des oiseaux de proie [ouais ben on a compris] (pause)… Mais voyons, c’est impossible ! Au fond d’une vallée ?! (ben oui, idiote, pff). Et ces fleurs… [ah, non hein, ca suffit maintenant]… ces plantes [d’après mon dico des synonymes tu peux aussi dire ces végétaux, mais vas-y continue]… qui respirent la vie. Et pourtant, quelles couleurs (pause)…bizarres ! Quels parfums (pause)… troublants ! (pause)…Inconnus ! Que sommes-nous donc ? [Mademoiselle, va falloir partir maintenant, on ferme !] Quel est cet univers ? [Vous voulez un coup de main, mademoiselle ?] Ouaté d’ombres et de sileeeeence. Triste. Comme un cimetière. Par un matin d’automne. » Ouf, on a failli s’ennuyer.

Christina arrive au château ce qui permet à Franco de nous offrir une belle image en contre-plongée, comme si les lieux allaient écraser Christina. A partir de cet instant le film prend une tournure pour le moins, comment dire ? décousue. Les scènes s’enchaînent dans le plus grand désordre, m’ayant souvent fait demandé si le monteur n’avait pas mit bout à bout les pellicules sans s’inquiéter de la cohérence de l’ensemble.

Globalement donc, pour ce que j’en ai compris, le film nous montre Christina qui rencontre plusieurs habitants du château. On pige qu’ils sont tous plus ou moins timbrés, et qu’ils sont reliés par une malédiction liée à un étang située à deux pas du manoir. Pire, ceux sont certainement des fantômes. Le père de Christina a dû être assassiné par eux, de leurs vivants. C’est du moins les hypothèses que je fonde après un visionnage dès plus minutieux. Car il faut bien dire que le montage n’aide en rien, comme je l’ai dit, mais qu’en plus le film a été charcuté plusieurs fois par l’éditeur : « Christina, princesse de l’érotisme » est le nom d’origine du film, mais lorsque « La Nuit des morts-vivants » de G. Romero reçu un certain succès quelques années plus tard, l’éditeur opportuniste décida de remonter le film en plus de le re-titrer « Une vierge chez les morts-vivants ». Comme il manque cruellement de zombies dans l’histoire, on fait appelle à Jean Rollin (oui, oui, le même qui a commit « Le lac des morts-vivants ») et on lui file une après-midi pour shooter 2-3 scènes avec des zombies qui sortent d’un étang. Il en résulte une jolie pagaille dans la cohérence de l’ensemble, vous imaginez bien.

Voyons donc ensembles, si vous êtes toujours là, quelques scènes troublantes et étranges, censées créer une atmosphère bien particulière. D’ailleurs tout le film baigne dans une torpeur et un ennui total.

Bon tout d’abord Christina passe son temps à se mettre nue. Curieux ça. Elle dort : hop elle est à poil et Jess Franco s’arrange pour qu’on puisse la voir confortablement sans trop se contorsionner. Christina va se baigner dans l’étang : hop, elle le fait toute nue. D’ailleurs elle croise à cette occasion un simple mateur, un type qui passait dans le coin sans aucun intérêt pour le film, mais qui nous donne l’occasion d’admirer la profondeur des dialogues.
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Lui : « Mademoiselle ! Vous savez que le nudisme ici c’est défendu !
Elle : C’est un jardin privé non ?
Lui : Oui mais on peut vous voir de là haut
Elle (sourire aux lèvres) : Je l’ignorai… merci.
Elle s’en va.
Lui : Attendez ! Est-ce que vous habitez par ici ?
Elle : Oui je suis au château
Lui : Le château n’est pas habité
Elle : Tu ne sais pas ce que tu dis : il y a toute ma famille
Elle s’en va à nouveau. Il reste comme un con.
Lui : Eh ! Attendez !
Il la rejoint.
Elle : Qu’est-ce que tu veux encore ?
Lui : Savoir qui vous êtes.
Elle : Et toi qu’est-ce que tu fais ici ?
Lui : Moi je suis né ici
Elle : Tu travailles ?
Lui : Pas en ce moment.
Elle : Ecoute : voilà ce que l’on va faire. Tu vas m’accompagner jusqu’au château. Comme ça tu seras bien obligé de te rendre à l’évidence. Tu veras, ma famille est étrange… mais sympathique. Alors tu m’accompagnes ?
Lui : Oui mais je n’entrerai pas.
Elle : mais pourtant le château est très beau.
Lui : Oui peut-être, mais je préfère ne pas entrer.
Elle : Tu ne vas tout de même pas me dire que tu as peur, hein ?
Arrivé au château, le jeune homme se fait botter le cul sur un vibrant « fous le camp petit salaud ».

Christina rentre dans sa chambre et découvre des chauves-souris mortes sur son lit. Ah, ca vous foutrait les boules ça hein ? des chauves-souris mortes. Ben à elle, oui. Elle court chercher quelqu’un et tombe sur deux femmes. L’une est en train de lécher du ketchup étalé sur un sein de l’autre. Bizarre, mais Christina ne se formalise aucunement de savoir d’où vient le ketchup, dans une vallée si isolée.
Un peu plus tard, Basilio arrive tendant devant lui une peluche de souris. Idem. Figurez-vous que jamais ô grand jamais Christina ne se pose LA question essentielle : où trouvent-ils toutes ces fournitures dans une vallée perdue ?

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Les scènes soit-disantes « sensuelles » s’enchaînent, et l’on assiste médusé au spectacle de la tante (une blonde vulgaire) se roulant par terre en robe de soirée sur un fond de mélodie jouée au piano. Surréaliste.

Mais le spectateur halluciné n’a pas encore tout vu, arrive ensuite LA scène du film. Christina se réveille et découvre un gros godmiché noir sur le sol. A genou, la jeune fille tend la main vers le god pour le jeter violemment à travers la pièce. Et là, une tante aveugle, assise dans un coin de la pièce que nous n’avions pas vu (et Christina non plus sans aucun soucis de cohérence spatiale), s e x-clame (oui, je suis fatigué): « Mais qu’est-ce que tu viens de faire ? Malheureuse que tu es ! Sache qu’il ne fallait pas détruire le grand phallus ! Le malheur est sur nous. Pour tous, l’heure est venue. » Et Christina de résumer la pensée du public : « Je n’y comprends rien ». Nous non plus, Christina, nous non plus…
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Puis, la lecture du testament du père se déroule enfin. Mais on restera déçu puisqu’on apprend en fait que Christina est l’héritière du château, et qu’elle décide de rester là. Même pas peur la petite. Pendant la lecture du testament par l’avocat, Basilio dort et ronfle. Personne ne semble remarquer ce détail. Etrange.


Puis le fantôme du père de Christina apparaît dans le salon, avant de partir vers l’endroit où repose son cadavre. C’est l’occasion pour Jess Franco de nous servir un des rares bons plans du film : une poursuite tout en lenteur entre un pendu et une Christina terrorisée. Rapidement, nos amis les fantômes du château font Christina prisonnière pour la faire participer de force à une incantation. Incantation du pauvre d’ailleurs comme vous pouvez le constater ci-dessous, mais une cérémonie bien rigolote avec un fond musical vaguement disco. Les femmes du château finissent par poignarder Christina devant les yeux des autres membres de la famille, père inclu.


Reste le twist final pitoyable, censé peut-être apporter un brin de cohérence à ce capharnaüm. Christina se réveille en sueur à l’auberge : tout ceci n’était qu’un rêve. Ah bah ca va, je suis soulagé. Quoique… En effet, elle reste catatonique. Plan final : toute la famille s’avance dans l’étang pour y disparaître sur une voix off poétique « Nous retournerons pour toujours sur les rives du Styx, errants dans les marais sans jamais atteindre l’autre rive. Que le Destin s’accomplisse ».

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Voilà, voilà. Il ne me reste plus qu’à clore par cette magnifique phrase issue du film, qui résonne comme une philosophie ou uine poésie étrange : « Le temps passe aussi vite la nuit que le jour ».

Merci de m’avoir suivi et rendez-vous au prochain nanar ! Ce qui avec mes petits achats du week-end passé va venir assez vite ! (Ah oui, The Barbarians en DVD, tout de même...)
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commentaires

P
200 films?<br /> Bah tu as du boulot!<br /> Attention a ta santé mental tous de même!
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T
Oui Jess Franco a été très prolifique. Mais je n'ai nullement l'intention de tout regarder, je tiens encore à ma santé mentale ! :o)
S
Si ce n'est pas de la folie assumée ça. Tu devrais aller faire un tour du côté du blog du Pépère, y a moyen que tu y trouves ton bonheur (notamment avec une spider-babe qui promet vraiment !!!)<br /> <br /> En tout cas, merci pour cette chro, c'est bien marrant !
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T
Je sais, j'ai déjà lu (tu penses !). Et j'ai déjà vu Spider-Babe, aussi. Oui, j'aime le cinéma Z.  :o)