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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 11:21

lamaisondesfeuilles.jpgPar Mark Z. Danielewski

Attention, cette Maison des Feuilles est, dans la forme, un véritable OVNI littéraire : faisons le tour du propriétaire avant un éventuel eménagement...

John "Hoss" Errand est un tatoueur junky de Los Angeles. Lors d'un déménagement, il récupère le manuscrit d'un vieillard aveugle, Zampanõ. Dans ce manuscrit, le vieil homme réalisait une analyse méticuleuse d'un film étrange, le "Navidson Record",  vidéo pirate amateur circulant sous le manteau depuis quelques années et exposant les mésaventures de Navidson.
Navidson est photographe et a choisit de filmer son eménagement dans la nouvelle demeure familiale de Ash Tree Lane. Navidson installe tout une batterie de cameras pour ne rien manquer des faits et gestes de son épouse et de leurs deux enfants.
Seulement voilà : une porte apparaît dans une chambre du premier étage. Sans raison. Cette porte mène sur un couloir sombre et glacial. Mais ce n'est pas son apparition qui est le plus dérangeant : le couloir ne peut physiquement pas exister : Navidson mesure et re-mesure, les dimensions ne correspondent pas à celles des murs qui entourent le couloir. Navidson décide alors d'explorer le couloir plus attentivement, et découvre qu'un nouvel embranchement est apparu. Commence alors une exploration étrange et terrifiante dans les profondeurs insondables de cet espace impossible...


Vous êtes toujours là ? :o)

Dans sa forme, La Maison des Feuilles déroute. Cela commence par le témoignage de Johnny Errand, puis on lit le manuscrit de Zampanõ, qu'il a lui même annoté, et que Johnny a annoté à son tour. A travers le manuscrit et les annotations, on se retrouve donc à suivre parallèlement trois histoires : celle de Navidson dans sa maison, de Zampaõ (avec son analyse) et de Johnny (surtout son passé). Le livre se termine par presque 200 pages d'annexes composées de photos, de dessins, de poèmes, de citations, et des lettres de la mère de Johnny, enfermée dans un hopital psy.

Maintenant, si vous feuilletez le bouquin (je vous invite à vous rendre dans votre librairie), ca va vous faire tout drôle ! Car Danielewski a choisi de jouer avec le livre en lui-même (que vous tenez entre vos mains) et n'hésite pas à briser certaines règles d'écriture.
Pour s'y retrouver entre toutes ses intrigues et notes, l'auteur change régulièrement de police d'écriture afin de bien séparer les annotations de chaque narrateurs. Le manuscrit de Zampanõ n'étant pas forcément en très bon état, certains passages sont effacés, ou bien mal retranscrits. Quand Navidson parcourt cet univers qui s'ouvre à lui depuis l'étrange couloir, pour marquer la désorientation du personnage, le narrateur disperse ses mots sur la page. Le lecteur se retrouve donc obligé de tourner le livre dans tous les sens. srevne'l à tircé tse etxet el siofraP. Si Navidson grimpe

progression
cette
ressente
lecteur
le
que
afin 
verticalement
est
écrit
le texte

Quand l'auteur veut décrire la trajectoire d'une balle de fusil, il joue avec les pages pour créer un sentiment de ralenti



en                               écrivant                                un                            mot                        par                              page

Lorsque la mère de Johnny lui envoit de son hôpital des lettres, ces dernières sont codés, le lecteur devant trouver seul la solution pour lire ses messages : ethernet temps croissant ruelle orgue yeux eau zoo melon orchidée idée concept attendre pause rive emploi nature dé dire utiliser tenir escalade mime point seringue !

Bref vous aurez compris le principe, je pense. Danielewski livre un bouquin étrange tout à la fois ludique. Trop même parfois. Car avec tout ceci, je suis sorti de l'histoire vers la moitié du pavé, tant c'était contraignant.

L'histoire en elle-même est une version moderne de la maison hantée (mais sans véritablement de fantôme). Ce couloir étrange intrigue, on cherche à en savoir plus et rapidement, on sent que l'on aura pas de réponse précise sur le pourquoi du comment. Danielewski se garde bien de révèler l'origine de ce phénomène et se concentre sur les répercussions psychologiques qu'auront les évènements sur les personnages (quelque soit le niveau de narration du livre).

Comme l'analyse de Zampanõ porte sur la vidéo du Navidson Record, le livre est très "cinématographique" et très visuel même dans la narration (les chapitres suivent en fait le rythme de la vidéo). J'ai bien aimé cet aspect des choses.

Malheureusement, l'ensemble est trop verbeux, Danielewski se perdant dans des listes et des listes de mots par moment, nous assomant parfois avec des analyses pointues et inintéressantes car souvent hors sujet. A croire qu'il oublie parfois qu'il a une histoire à raconter. Dommage car toute la première partie du bouquin pose formidablement l'ambiance, mais dans la seconde l'auteur se repose sur ses lauriers pour conclure les intrigues de manière confuse et à mon avis médiocre.

J'avais lu tant de louanges qu'au final j'ai été un brin déçu car j'en attendais certainement beaucoup trop. La Maison des Feuilles reste tout de même un bon moment de lecture, inoubliable plus grâce à sa forme qu'au fond.


Denoël (collection Denoël & d'ailleurs)
709 pages
ISBN-10: 2207252000

Pour les fondus de ce livre, et ils sont nombreux, je vous conseille ce site web assez complet à première vue, résultat d'un travail impressionnant de relecture : http://lamorine.free.fr/ashtreelane/

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